La qualité du projet économique fera toujours la différence

Il ne fait aucun doute que le durcissement de la réglementation a un impact sur les relations de crédit entre banques et entreprises. Elle contraint les premières à se montrer plus prudentes. Cela dit, c’est toujours l’économie qui prévaut dans l’octroi d’un crédit, du contexte macroéconomique à la situation spécifique de l’entreprise. Plusieurs spécialistes analysent les facteurs qui exercent une influence sur le comportement de crédit.

«Le contexte macroéconomique et la compétitivité spécifique d’une entreprise restent fondamentaux dans l’octroi de crédits aux entreprises. Certes, la nouvelle réglementation – notamment les normes internationales de Bâle III – incite les banques à consolider leurs fonds propres et il pourrait en résulter une légère augmentation du coût des crédits aux entreprises. Toutefois, ces précautions limitent également les risques que prennent les banques », pondère Mathias Dewatripont, professeur à l’ULB et directeur de la Banque Nationale de Belgique (BNB).

« Le corset régulatoire dans lequel opèrent les banques a été resserré, et ce n’est qu’un début. Ceci dit, cette évolution est parfaitement compréhensible », estime Michel Vermaerke, administrateur délégué de Febelfin. « Le secteur bancaire est pris dans 31 ‘filets’ réglementaires aux niveaux européen, international et national. Et des évolutions s’y dessinent simultanément. » 130903-Vlerick-001_LRSelon Issam Hallak, professeur à la Vlerick Management School, les normes de Bâle III apportent essentiellement deux modifications dans l’octroi de crédits.

« Les seuils que les banques doivent respecter ont été relevés, surtout en matière de capitaux. Elles doivent constituer des tampons plus solides pour absorber les fluctuations économiques : si, auparavant, pour un niveau de risque de crédit donné, les banques devaient allouer 2% de fonds propres pour un crédit octroyé, la nouvelle réglementation leur en impose le double. Ainsi, à taux d’intérêt égal, le rendement des actionnaires des banques est divisé par deux. Les banques pourraient compenser en augmentant les taux d’intérêt sur les crédits alloués, mais, vu la pression concurrentielle, rares sont celles qui s’y risquent. » La crise a également révélé la vulnérabilité des banques due au fait qu’elles se financent à très court terme pour ensuite prêter à très long terme.

« Elles se sont vu imposer des normes de liquidité beaucoup plus strictes », note le professeur. « Ces dernières obligent les banques à diminuer, d’une part, leurs actifs à très long terme et, d’autre part, leurs passifs à très court terme. Les effets sont limités pour les entreprises dont les emprunts, sont en général, à moyen terme. »

Généreuses grâce à l’épargne

« Toutefois, le marché belge du crédit reste très compétitif », estime Issam Hallak. « Les tarifs des crédits sont particulièrement bas par rapport à ceux qui se pratiquent dans la plupart des pays européens. Les banques disposent d’énormément d’argent – pensez aux comptes d’épargne – qu’elles peuvent prêter. Elles sont à nouveau relativement saines et ont beaucoup progressé dans l’instauration des normes de Bâle III. Elles ont même digéré l’effondrement du retour sur actions. »

La BNB a révélé que le volume des crédits accordés par les banques aux entreprises a augmenté depuis 2008 et que le taux moyen des crédits était au plus bas. « Les entreprises n’ont jamais demandé et obtenu autant de crédits bancaires. L’épargne ne dort pas. L’accroissement de l’épargne que l’on a connu ces cinq dernières années équivaut à la hausse observée sur la même période dans l’octroi de crédits, si l’on tient compte des crédits hypothécaires, des crédits aux administrations publiques et des crédits aux entreprises », constate Michel Vermaerke.

Selon le professeur Dewatripont, la principale raison pour laquelle certaines entreprises éprouvent des difficultés à décrocher des crédits ou se voient opposer une fin de non-recevoir n’est donc pas la pénurie de crédits, mais plutôt la conjoncture. « Actuellement, le principal facteur négatif est la faiblesse de la croissance économique. Les banques le savent, étant donné la forte hausse des défauts de paiement enregistrée pour les crédits aux entreprises»130906-Dewatripont-003_LR

« Fin 2011, 17,3% des plus petites entreprises belges avaient des fonds propres négatifs », signale Michel Vermaerke. « C’est la preuve qu’il y a un problème. »

« C’est plus facile pour les grandes entreprises », reconnaît Mathias Dewatripont. « Elles peuvent obtenir des fonds directement, en émettant des obligations en Bourse ou en recourant à d’autres sources de financement. Ces opportunités sont un avantage lorsqu’elles demandent un supplément de crédit aux banques. Pour autant, les règles sont identiques pour tous. Là où les conditions varient beaucoup, c’est au niveau des garanties demandées. »

« D’un point de vue juridique, il est crucial de fournir des informations suffisantes et précises à votre banquier. C’est le premier point qu’examinera le juge lorqu’une affaire lui est présentée. Vous devez pouvoir rembourser un crédit grâce à vos activités : ce n’est pas l’objectif des garanties. Si vous pouvez présenter suffisamment de sources de financement parallèlement au crédit bancaire, une demande honnête et de qualité vous permettra de décrocher un bon crédit, car la banque croira en vous », précise Michel Vermaerke.

« Pour convaincre un banquier, votre dossier de crédit doit être solide sur le plan microéconomique et tenir la route en termes financiers », confirme Koen Baluwé, avocat au cabinet De Bock & Baluwé. « Les investissements prévus doivent être préparés dans le détail, avec une attention particulière au rendement, à la crédibilité et à la solvabilité. Le dossier doit être sain sur le plan microéconomique. Il sera juridiquement en règle s’il est bétonné d’un point de vue économique. Le banquier ne va pas le rédiger pour vous : il n’en a d’ailleurs ni la possibilité, ni le droit. Réfléchissez aussi aux garanties que vous pouvez offrir à la banque. »

22/10/2013