La confiance

Une livre de chair : tel est l’enjeu du procès dans le Marchand de Venise, une pièce du dramaturge anglais William Shakespeare. Un litige sur un crédit. L’agent de change Shylock prête de l’argent à Antonio. En garantie, il exige une livre de chair, à prélever sur le corps d’Antonio. Ce dernier ne pouvant le rembourser, Shylock exige son dû. Le litige est porté devant le tribunal, où Shylock se voit confirmer qu’il a effectivement droit à une livre de chair, mais à deux conditions : Shylock ne peut exiger un gramme de plus ni de moins et il n’a droit qu’à la « chair » – pas une goutte de sang ne pourra être versée. Une sentence qui met fin aux prétentions du prêteur. Le Marchand de Venise est une illustration du rôle essentiel que joue la confiance dans le crédit.

D’ailleurs, l’étymologie du terme en atteste : il vient du latin credere qui signifie je te crois, je te fais confiance. Si la pièce est ancienne, son message est actuel. Pensons au rôle que joue la confiance dans les transactions ou sur les marchés financiers. Tout est fait pour la renforcer. Les notes accordées par les agences de crédit sont une manière d’accroître la confiance entre créanciers et débiteurs.

Les intérêts, souvent opposés, du prêteur et de l’emprunteur sont également l’un des thèmes du Marchand de Venise. Une opposition qui est apparue clairement dans la zone euro au cours de ces dernières années. L’Allemagne est l’exemple même du pays prêteur. Les solutions qu’elle propose font porter toute la responsabilité sur les emprunteurs. Pour rembourser leurs dettes, ils doivent augmenter les impôts, diminuer les dépenses publiques, moderniser leur économie.

Selon l’Allemagne, c’est la meilleure garantie qu’ils puissent rembourser leurs dettes. Les emprunteurs voient les choses autrement. Ils demandent de la compréhension, compte tenu des circonstances difficiles. Ils revendiquent de meilleures conditions – des taux plus bas – ou une intervention financière. À plus petite échelle également, le crédit revêt une importance cruciale.

Les entreprises – surtout les PME – italiennes et espagnoles éprouvent davantage de difficultés à obtenir des crédits que leurs collègues du nord de l’Europe. Et lorsqu’elles l’obtiennent, elles doivent payer des taux plus élevés. Les taux, normes et conditions de crédit appliqués par les banques sont un indice de la confiance qu’elles ont dans les emprunteurs.

En matière de crédit, tout est question de confiance. Confiance dans l’avenir d’un pays ou d’une entreprise. Confiance entre pays. Entre le banquier et l’emprunteur. Entre Shylock et Antonio.

Peter De Keyzer

Économiste en chef BNP Paribas Fortis

07/10/2013