Édito

Pas d’entreprise sans crédit. Pas de crédit sans banquier. De nombreux entrepreneurs débutants font l’amer constat de cette double évidence. Trop frileux, le banquier qui refuse les premiers crédits ? Trop exigeant, l’entrepreneur débutant qui en voudrait davantage ? L’expérience m’a appris la nuance.

Comprendre le métier de l’entrepreneur. Trop souvent, le banquier qui est sollicité pour un crédit passe plus de temps à vendre ses produits et à expliquer son métier qu’à s’intéresser à celui de l’entrepreneur. Un exemple dans le commerce : la valeur de transmission d’une entreprise dépend essentiellement de son emplacement (c’est particulièrement le cas dans notre secteur). Le droit de reprise d’un bail commercial peut donc s’avérer très coûteux. Or, si le banquier accorde volontiers un crédit pour du mobilier (qui va se détériorer) ou pour une voiture (dont la valeur diminue très vite), il refuse généralement tout crédit pour un « pas-de-porte ».

C’est pourtant la seule chose qui aura encore de la valeur quand cessera l’activité. C’est donc raisonnable de s’endetter pour un bail, car un bon emplacement est source de bonnes affaires. Voilà pourquoi il est essentiel que le banquier s’investisse davantage dans la connaissance du métier de l’entrepreneur. Car, en accordant un crédit pour ce qui a vraiment de la valeur, il prête à bon escient. Comprendre le métier du banquier. De son côté, l’entrepreneur qui se lance doit accepter l‘idée qu’un banquier ne lui accordera pas d’office le crédit demandé. Trop souvent, l’entrepreneur attend du banquier qu’il s’engage dès le début de son aventure, alors que c’est un risque d’entreprise, pas un risque de banquier.

En revanche, plutôt que de refuser un projet en devenir, le banquier doit apprendre à guider l’entrepreneur : il y a de nombreuses institutions – y compris parastatales – qui sont chargées d’aider les entreprises. Le banquier connaît les intervenants de première ligne. Dans un premier temps, il doit conseiller le jeune entrepreneur et l’aider à défendre son dossier auprès de ces institutions. Un banquier convaincu et un entrepreneur convaincant feront du bon travail.

Et, par la suite, l’entrepreneur, qui, entre-temps, sera devenu un client du banquier, développera avec lui d’autres affaires. Je suis persuadé que c’est en apprenant à mieux comprendre leurs rôles et leurs métiers réciproques que le banquier et l’entrepreneur pourront collaborer au mieux.

Frédéric Rouvez

Co-fondateur d’Exki

22/10/2013