“Je veux lancer un indice de réparabilité”

La ministre fédérale de l’Énergie, de l’Environnement et du Développement durable veut “que la Belgique reste un moteur en matière d’économie circulaire”. En 2016, Marie Christine Marghem et le ministre de l’Économie, Kris Peeters, ont proposé 21 mesures pour soutenir cette transition de notre économie en pleine expansion. Avec, pour corollaire, une augmentation de l’emploi local et du pouvoir d’achat des ménages.

Que représente l’économie circulaire en Belgique aujourd’hui?

Elle se développe très rapidement. Notre pays était déjà en avance en matière de recyclage et de traitement des déchets. Depuis des années, des initiatives fleurissaient à l’échelon local pour limiter le gaspillage, favoriser la réparation, la réutilisation, etc. En fait, de nombreuses personnes pratiquaient l’économie circulaire sans le savoir, un peu comme le Monsieur Jourdain de Molière faisait de la prose.

Les filières industrielles et commerciales avaient commencé à réfléchir à l’impact de leurs produits et services sur l’environnement. Mon rôle est de repérer les initiatives, de fédérer les énergies, de fournir un cadre, d’encourager ce mouvement par des actions volontaristes, en concertation avec tous les acteurs.

‘A L’ECHELLE MONDIALE, L’ECONOMIE CIRCULAIRE POURRAIT PESER 12.000 MILLIARDS DE DOLLARS.’

Pour ce qui concerne l’évaluation chiffrée, j’ai commandé en 2016 une étude à la firme PwC. Sa conclusion: en Belgique, l’économie circulaire pourrait créer plus de 11.000 emplois directs dans les quatre secteurs sur lesquels portait l’étude (industrie chimique, alimentaire, machines et équipements, automobile) à l’horizon 2030.

Pour l’ensemble de l’économie, PwC estime que 40.000 à 100.000 emplois pourraient être créés, selon les hypothèses retenues, et toujours à l’horizon 2030. À l’échelle mondiale, l’économie circulaire pourrait peser 12.000 milliards de dollars.

Sur le terrain, quelles initiatives vous ont paru les plus porteuses?

Impossible d’être exhaustive parmi les centaines de personnes, d’entreprises et d’ASBL que j’ai rencontrées. Je suis allée, par exemple, voir des fermiers qui cultivent sans pesticides, d’autres qui ont fondé des fermes urbaines où les riverains font pousser leurs propres ­légumes, les échangent ou les vendent, partagent des semences, etc.

J’ai visité, à Tournai, une épicerie “zéro déchet”, La Petite Constance, où tout est vendu en vrac, la pâte dentifrice sur des bâtonnets de bois notamment, et où les clients viennent avec leurs contenants.

‘L’ECONOMIE CIRCULAIRE POURRAIT CREER 100.000 EMPLOIS EN BELGIQUE.’

Les entreprises ne sont pas en reste. Le 9 janvier dernier, j’ai conclu un accord sectoriel avec les représentants des fabricants de cosmétiques afin qu’ils n’utilisent plus de microbilles de plastique dans les produits de soin à rincer, tels que les gommages et certains produits d’hygiène bucco-dentaire. Cet accord sera d’application fin 2019.

Cela va bien plus loin que certaines interdictions qui visent uniquement les nouveaux produits. Il s’agit d’un accord évolutif, non d’un corset légal: l’idée est de favoriser les bonnes pratiques, de créer un mouvement où les plus vertueux influent sur les autres.

Marie Christine E.F. Marghem © Dieter Telemans

Justement, les chartes et autres ­engagements non contraignants ­suffisent-ils, à l’heure où les océans étouffent sous le plastique?

Nous avons fait le choix de la concertation, des contrats, des chartes. Mais si les avancées s’avèrent insuffisantes, il faudra peut-être opter pour une législation contraignante.

Je compte m’appuyer sur la présidence belge du Benelux, entamée le 22 janvier dernier, pour passer à l’étape suivante: la définition de critères de réparabilité. Une étude est en cours, ses résultats arriveront en juin et l’Union européenne les attend aussi, car elle prépare la révision de la directive “Éco-conception” de 2009.

Mon but? Lancer un indice de réparabilité, à l’image de l’indice de consommation d’énergie présent sur les équipements électroménagers: au premier coup d’œil, le consommateur voit si son frigo a obtenu un triple A, garantie d’une sobriété énergétique. Par leurs achats, les citoyens inciteront alors les industriels à se rapprocher le plus possible de l’éco-conception, qui me paraît centrale.

Pouvez-vous décrire ce concept?

Comme le préconise l’échelle de Lansink, il s’agit de maintenir les produits manufacturés, leurs composants et les matériaux en circulation le plus longtemps possible à l’intérieur du système, tout en veillant à garantir la qualité de leur utilisation. Pour cela, la question du devenir du produit et de ses composants en fin de vie doit être posée dès la conception et guider l’ensemble des décisions de fabrication.

‘NOUS AVONS CHOISI LA CONCERTATION ET LES CHARTES. MAIS SI LES AVANCEES SONT INSUFFISANTES, IL FAUDRA PEUT-ETRE OPTER POUR UNE LEGISLATION CONTRAIGNANTE.’

Selon l’échelle de Lansink, l’idéal est d’éviter de générer de nouveaux déchets: c’est la prévention. Et, à défaut, de réutiliser ou recycler le produit. Les solutions les moins souhaitables sont le compostage et, pire encore, l’incinération et l’enfouissement en décharge.

Pour moi, les marques les plus audacieuses ont saisi qu’elles avaient tout intérêt à emprunter cette voie. Elles comprennent où va le monde et s’adaptent aux nouvelles attentes des consommateurs. En novembre 2015, la FEB a élaboré un numéro entier de son magazine Reflect autour des 17 objectifs de développement durable (ODD) définis en 2015 par l’ONU, et de la meilleure façon, pour les entreprises, de les mettre en œuvre.


Partenaires régionaux des entrepreneurs durables

Bruxelles Environnement
Avec le label Entreprise Écodynamique, Bruxelles Environnement récompense les entreprises, associations et institutions qui lancent des actions pour réduire leur impact sur l’environnement. Ce label valorise les initiatives environnementales dans la gestion et la prévention des déchets, l’utilisation rationnelle de l’énergie et la gestion de la mobilité des travailleurs, notamment.

Avec circulareconomy.brussels, l’institution incite les entreprises à récupérer et réutiliser davantage de matières premières. Le gouvernement a approuvé le Programme régional en économie circulaire (PREC) à cet effet. En outre, Bruxelles Environnement participe à de nombreux projets destinés à imaginer des éco-­innovations techniques et managériales pour les acteurs bruxellois.

L’OWD en Wallonie
L’Offıce wallon des déchets (OWD) fournit aux entreprises les informations et l’accompagnement nécessaires pour demander l’Écolabel européen. Les consommateurs savent que les produits portant ce dernier sont meilleurs pour l’environnement, sans perdre en qualité. Avant de décrocher le label à la fleur, tous les produits et services sont contrôlés par des instances indépendantes.

L’OVAM en Flandre
Via un guichet Web très pratique, l’OVAM (Société publique des déchets de la Région flamande) met à disposition des dizaines d’applications numériques qui visent à rendre les ­entreprises flamandes plus durables. En outre, le scan éco-efficacité indique comment les entreprises peuvent accroître leur efficacité écologique, via des interventions qui leur procurent à la fois un gain environnemental et un profit financier. Vlaanderen-circulair.be est une source d’inspiration pour l’économie circulaire.

L’OVAM y réunit et y offre un accompagnement actif à des chefs d’entreprise, des associations et des administrations locales. Les organisateurs d’événements, de marchés et de festivals ont la possibilité d’exécuter un GroeneVENTscan pour rendre plus durables les mesures qu’ils prennent en matière de déchets, d’énergie, de restauration, d’exploitation de l’espace, de mobilité et d’utilisation des matériaux.

Et via Ecolizer, les entreprises calculent rapidement et aisément l’impact environnemental de leurs produits.

12/03/2018