“Nous recyclons déjà 97% de la carcasse d’une voiture”

L’économie circulaire peut être rentable: Belgian Scrap Terminal le démontre chaque jour. Depuis quatre générations, cette société familiale transforme la ferraille en matières premières qui ­peuvent être utilisées dans la fabrication de nouveaux produits.

Nulle part ailleurs, le concept d’économie circulaire n’est aussi concret que sur le site BST de Waaslandhaven, à Anvers. Au milieu de gigantesques montagnes de ferraille, de carcasses de voitures rouillées et de grues impressionnantes, des camions remplis de débris ferreux vont et viennent sur le site. Un peu plus loin, des cubes de métal attendent d’être embarqués; ils serviront de matière première aux usines métallurgiques des quatre coins du monde.

“Lorsque j’étais étudiante, notre entreprise familiale était rangée dans la catégorie des ferrailleurs douteux”, se souvient Caroline Craenhals, qui représente la quatrième génération. “Cette perception a totalement changé: nous pratiquons une activité de croissance verte et nous sommes considérés comme un pilier de l’économie circulaire.”

‘CE N’EST PAS UN HASARD SI LE SLOGAN DE L’ENTREPRISE EST “THE ART OF RECYCLING”.’

Cette image respectueuse de l’environnement est naturellement liée à l’intérêt accru pour le recyclage et les modèles économiques circulaires. Ces dernières années, cependant, BST a beaucoup investi dans l’amélioration de son image. “Nous transformons exclusivement des métaux ferreux et non ferreux”, précise Vincent Quidousse, membre de la direction. “Il y a 20 ans, nous pouvions recycler environ 75% de ces flux de déchets et les réinjecter dans le cycle économique.

Aujourd’hui, ce pourcentage dépasse les 90%. Et pour les voitures, il atteint même 97%. C’est en grande partie le résultat de nos lourds investissements dans une technologie toujours plus efficace et perfectionnée. Ce n’est pas un hasard si le slogan de l’entreprise est The art of recycling.”

Caroline Craenhals et Vincent Quidousse (BST) © Studio Dann

“Mon arrière-grand-père a créé cette entreprise voilà 90 ans”, rappelle Caroline Craenhals. “À l’époque, le concept circulaire était déjà au centre de sa réflexion. Avec sa charrette tirée par un cheval, il ramassait les objets jetés pour les recycler et les réutiliser. Aujourd’hui, c’est devenu une activité industrielle importante. Tout le monde parle d’écodesign.

Or, on oublie parfois que nous traitons ici des produits qui sont en circulation depuis 15 ou 20 ans déjà. Ces machines à laver, vélos et carcasses de voitures n’étaient pas conçus pour trouver une deuxième vie ou être totalement recyclés.

Il nous revient alors, avec l’aide d’une technologie moderne, de démanteler aussi complètement que possible ces produits et de rendre les matières premières réutilisables. Nous sommes au début du processus, et nous devons investir lourdement en R&D pour permettre au reste de la chaîne d’exister.”

Broyeuse

La ferraille qui arrive chez BST à Kallo – soit 1,5 million de tonnes provenant d’entreprises et de particuliers – finit dans la cisaille, dans la presse ou dans la broyeuse. Ces broyeuses, qui sont plutôt utilisées pour les déchets moins homogènes, séparent automatiquement les matières premières et les déchets non réutilisables. Les métaux sont transformés en pièces énormes qui sont à nouveau fondues dans le haut-fourneau et l’électro-four.

‘AUTREFOIS, NOUS ETIONS DES “FERRAILLEURS DOUTEUX”. DESORMAIS, NOUS SOMMES UN PILIER DE L’ECONOMIE CIRCULAIRE.’

“Beaucoup de choses ont changé en 20 ans”, affirme Caroline Craenhals. “Une carcasse de voiture était alors réduite à un petit paquet ou totalement broyée. Désormais, nous pouvons d’abord en extraire toutes les matières dangereuses ou plastiques et les traiter séparément. L’approche circulaire est donc bien plus ancrée aujourd’hui dans la totalité du processus, ce qui nous permet de recycler 97% de toute cette ferraille.”

“Pour une part importante des déchets de ferraille, nous arrivons même à 100%: tout retourne donc à l’industrie métallurgique pour donner naissance à de nouveaux produits. Certains plastiques complexes, en particulier, ne sont pas encore totalement recyclables. Dans ce cadre, nous sommes constamment à la recherche d’une technologie encore plus efficace pour boucler la boucle.”

Vincent Quidousse et Caroline Craenhals (BST) © Studio Dann

Parmi les clients de BST, on retrouve évidemment l’industrie métallurgique mondiale, mais aussi l’industrie cimentière et les entreprises de transformation de plastique. “Au moins la moitié des voitures en casse de notre pays n’atterrissent pas ici mais embarquent vers l’Afrique – cela reste notre plus grand problème», déplore Vincent Quidousse.

“Parfois, ces voitures reçoivent une deuxième vie, mais c’est justement pour cela qu’elles atterrissent là, car cela reste une activité lucrative. C’est une grosse faille du cycle circulaire. Pour résoudre le problème, une approche européenne est nécessaire.”

BST se trouve au tout début de la chaîne qui doit devenir, à terme, un cycle économique circulaire complet, et rencontre déjà un succès impressionnant. Entrevoient-ils encore une marge de croissance dans leur modèle circulaire? “J’y crois dur comme fer”, sourit Caroline Craenhals. «Ces derniers pour cent sont généralement les plus difficiles à obtenir. Mais c’est là tout le défi de notre activité.”

12/03/2018