Notre ego peut sauver les océans

D’ici à 2050, les océans contiendront davantage de plastique que de poissons, selon une étude de la Fondation Ellen MacArthur. Contre cette fatalité, on peut lutter de plusieurs façons.

Pourquoi ne pas transformer ce plastique en matière première afin de fabriquer de nouveaux biens de consommation? Cela éviterait qu’il parte au large et alimente le fameux “septième continent”, cet immense amas de déchets couvrant plusieurs millions de kilomètres carrés. Ce type de projet exige la collaboration de tous les acteurs.

C’est ce que nous avons fait avec Sea2See à Barcelone: nous avons rencontré les autorités locales, les agences régionales chargées du recyclage, les autorités portuaires… Notre idée? Fabriquer des lunettes à partir de ce plastique marin recyclé, issu des filets de pêche usagés, des plastiques jetés par les pêcheurs eux-mêmes, etc. Un filet de pêche abandonné dans l’océan met 400 ans à se désintégrer.

Entre-temps, il produit des microplastiques qui se mêlent à la nourriture des poissons. Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, qu’un quart des poissons qui aboutissent dans nos assiettes contiennent du plastique. Pourquoi des lunettes? Nous vivons dans une société qui “bouge” par les réseaux sociaux, c’est-à-dire par l’ego.

Dans une “société du like”, jouons sur cette dimension égotiste: rendons les gens heureux d’avoir fait un achat positif, bénéfique pour l’environnement, et permettons- leur d’afficher ce bonheur sur les réseaux sociaux. Le consommateur est de plus en plus demandeur d’informations sur les biens qu’il achète et leur mode de fabrication.

Et il aime en parler à ses amis, à ses friends sur Facebook ou à ses followers sur Twitter. Les lunettes sont un objet commode et plutôt bon marché. Elles se voient, littéralement, comme le nez au milieu du visage. Et c’est parfait pour ce projet. Et puis, l’économie circulaire s’impose dans les débats. En moyenne, 70% des déchets mondiaux aboutissent dans des décharges. Or, la mode est la 2e industrie la plus polluante au monde, derrière le gaz/pétrole. Il nous paraissait donc pertinent de s’attaquer en priorité à la question du recyclage du plastique dans ce secteur.

Plus encore, nous voulions prouver qu’il était possible de créer, à partir de matériaux recyclés, des lunettes qui présenteraient une qualité au moins égale, en termes de design et de technicité, à celle des meilleures lunettes non recyclées. Et de montrer ainsi que l’on peut éviter d’exploiter des ressources naturelles qui s’épuisent. La mode représente également une porte d’entrée idéale pour sensibiliser le grand public aux questions environnementales. Car il est difficile d’imposer d’en haut un changement de comportement.

Il faut générer un réflexe dans le chef du consommateur. Quoi de mieux que de passer par l’exemplarité d’un objet de mode? Cela ne signifie pas que nos autorités n’aient aucun rôle à jouer en la matière. S’il est sans doute impossible d’interdire totalement le plastique, on pourrait commencer par supprimer les single-use plastics, ces éléments qui ne sont utilisés qu’une fois avant d’être jetés ou recyclés.

Savez-vous qu’un mégot de cigarette se compose d’acétate de cellulose, autrement dit de plastique? Or, un mégot pollue jusqu’à 500 litres d’eau et met plusieurs années à disparaître. Le projet Sea2See suffira-t-il à sauver les océans? Bien sûr que non. Mais il y contribue, à sa façon.

François van den Abeele, CEO de Sea2See

13/04/2018