Durabilité rime avec compétitivité

“Nous devons profiter de ce momentum pour intégrer le thème de la responsabilité sociale dans l’ensemble de nos activités et produits”, affirme Wilfried Remans, directeur CSR & Public Affairs de BNP Paribas Fortis. “Et cela ne relève plus du simple ravalement de façade. Il s’agit d’un business réel, avec un impact positif. Pour nous comme pour nos clients.”

Comment entreprendre de manière rentable tout en ayant un impact positif sur la société? Pas en mettant sur pied quelques projets çà et là, mais en se basant sur son coeur de métier. “Impossible de le nier: nous sommes l’une des plus grandes banques d’Europe. Et nous avons, à ce titre, une responsabilité particulière”, reconnaît Wilfried Remans.

“Chez BNP Paribas Fortis, nous partons de notre rôle dans la société. Nous sommes une banque qui fait circuler 100 milliards d’euros dans l’économie.” “Notre impact sur la société se marque à plusieurs niveaux. En premier lieu, nos activités purement caritatives, via le soutien que nous apportons à des projets sociaux.

En outre – et cela a un effet considérable – la première proposition de notre département Private Banking pour ses clients, depuis quelques années, est un fonds ISR. L’impact social de ces investissements est considérable, alors que le rendement est aussi élevé que pour un autre investissement. Ces fonds reçoivent de plus en plus d’écho.

Nous y privilégions les entreprises ‘best in class’, celles qui font partie du top mondial du point de vue sociétal ou environnemental.”

“Simultanément, nous sommes parfaitement conscients du fait que notre cœur de métier, les placements et investissements, peut avoir un impact négatif.

Pensez aux investissements dans des entreprises actives dans l’industrie minière ou le commerce d’armes, aux effets de l’huile de palme sur l’environnement, etc. C’est pourquoi, depuis 2005, nous développons une série de politiques sectorielles via lesquelles nous imposons des conditions strictes aux entreprises actives dans des secteurs donnés. Certains acteurs de ces secteurs se re – trouvent ainsi sur une liste noire.”

“Récemment, nous avons décidé de ne plus investir le moindre euro dans les entreprises pratiquant des forages pétroliers au pôle Nord ou actives dans le secteur du tabac. Cette dernière décision a surtout été prise sous la pression de nos collaborateurs, qui estimaient que notre positionnement de banque socialement responsable nous empêchait de soutenir les plus grands producteurs mondiaux de tabac. La pression vient de plusieurs côtés, et plus exclusivement des ONG.”

Surenchère

Wilfried Remans ne nie pas être parfois confronté à des arbitrages délicats. Lorsqu’une grande banque décide de sortir complètement d’un secteur, elle perd l’influence qui pourrait lui permettre d’infléchir ou de mettre un terme à de mauvaises pratiques.

“Il s’agit de choisir entre soutenir et encourager des évolutions et transitions favorables dans des secteurs critiques – pensez à celui de l’énergie – et perdre des contrats et de l’impact financier.”

Les plus cyniques affirmeront sans doute que le vide laissé par un investisseur majeur comme BNP Paribas Fortis sera très vite comblé par d’autres. Cet argument, néanmoins, tient de moins en moins la route. Car on assiste aujourd’hui à une surenchère: les entreprises de tous les secteurs sont de plus en plus évaluées en fonction de leurs performances ESG (environnementales, sociétales et de gouvernance).

Celles qui obtiennent le meilleur score dans leur secteur sont plus souvent reprises dans les grands fonds des investisseurs institutionnels. En revanche, celles qui négligent ces aspects éprouvent des difficultés accrues à trouver de l’argent. “Une grande banque ou un fonds d’investissement important peut vraiment aider l’investisseur individuel à obtenir un impact social croissant.”

Centre de compétence

Limiter l’impact négatif en mettant un terme à certains investissements ou en excluant certains secteurs est une chose. Avoir soi-même un impact positif, c’est encore mieux. “Nous avons formé une équipe de trois personnes qui accompagnent des entrepreneurs sociaux et sensibilisent nos propres collaborateurs à cette dimension”, indique Wilfried Remans.

“Ce sont des entreprises qui appliquent un modèle d’affaires différent parce qu’elles poursuivent en premier lieu un objectif social. L’idée est de créer un écosystème et de mettre les entrepreneurs sociaux en relation avec nos grands clients. Cette approche distinctive nous permet également d’attirer davantage d’entrepreneurs sociaux comme clients.”

“Un autre exemple de l’impact positif que peut exercer une banque est à trouver du côté du corporate banking. Désormais, nous accordons aux grandes entreprises des crédits dont le taux dépend en partie de leurs performances ESG. Si le score augmente, une fraction du taux du crédit diminue. Et inversement. Nous pouvons ainsi exercer peu à peu une influence positive sur nos clients à partir de notre coeur d’activité.”

“En complément, nous disposions depuis quelques années d’un Green Desk qui conseillait les clients en matière d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique. Ce Green Desk a depuis pris de l’ampleur: il s’agit désormais d’un centre de compétence pour tout ce qui touche à l’économie circulaire et aux villes intelligentes, notamment.

Nous voulons partager plus souvent et plus largement notre expertise étendue dans ces domaines avec tous nos clients, par exemple via des ateliers pour PME consacrés à la durabilité. Parfois, nous trouvons dans les entreprises sociales des solutions que recherchent de plus grands groupes.

Ou nous remarquons que des administrations publiques sont confrontées à des problèmes auxquels des entreprises clientes répondent déjà par des solutions très innovantes. En tant que financier, nous pouvons jouer un rôle plus important. Nous renforçons alors non seulement la durabilité de nos clients, mais aussi, à terme, leur compétitivité.”

13/04/2018