“Changer!”

Changer! Le slogan fait mouche. Prononcez ce verbe avec enthousiasme et voyez les regards s’allumer. Voici, dans l’histoire politique récente, l’expression qui a rencontré le plus vif succès.

Ces dernières années, tous les vainqueurs d’élections ont utilisé ce vocable. Transformez-le à l’impératif et voyez la peur s’insinuer chez vos interlocuteurs. “Changez!” éveille des idées de contrainte, de malaise et d’abandon forcé du monde familier. C’est le paradoxe. Collectivement, nous voulons le changement; individuellement, nous préférons le statu quo.

C’est le cas des chefs d’entreprises et des travailleurs, des citoyens et des dirigeants politiques. L’opposition entre “Changer!” et “Changez!” a été admirablement résumée par l’économiste autrichien Joseph Schumpeter lorsqu’il évoque la “destruction créatrice”. Selon lui, c’est précisément cette “tempête perpétuelle de destruction créatrice” qui explique le dynamisme d’une économie de marché. Des entreprises, des professions et des activités disparaissent au profit d’entreprises, de professions et d’activités nouvelles. Ce processus continu de progrès trouve son origine dans le changement ininterrompu. Aujourd’hui aussi, nous remarquons que les forces du changement s’abattent sur notre économie, nos entreprises et nos métiers.

Des firmes mastodontes sont de plus en plus concurrencées par de nouvelles sociétés et autres start-ups en croissance rapide. Les plus petites entreprises peuvent désormais s’attaquer à des valeurs établies. Il n’a jamais été aussi aisé d’entreprendre et de concurrencer. On en aurait presque l’impression que les possibilités de changer sont partout, à portée de main. La tempête de la destruction créatrice souffle également dans la globalisation de l’économie mondiale. Des nations que nous qualifiions encore de “pays en voie de développement” voici une génération fabriquent aujourd’hui des quantités croissantes de produits dont la qualité s’améliore sans cesse.

Souvent aux dépens d’entreprises occidentales établies et d’emplois occidentaux. Simultanément, les plus pauvres comme les plus riches de la planète ont accès à des produits et services du monde entier. Des camions allemands en Chine ou des T-shirts chinois en Allemagne… On détruit et on crée à un rythme effréné – collectivement, le monde n’en est devenu que plus riche. Collectivement, nous voulons tous la création de nouvelles entreprises, opportunités et sources de prospérité. Individuellement, la destruction qui accompagne cette création fait frémir.

Pourtant, création et destruction sont le yin et le yang de l’augmentation de la prospérité et des opportunités ouvertes à tous. Mais seuls ceux qui sont le plus à même de traverser cette tempête de changement réussiront.

Peter De Keyzer, économiste en chef de BNP Paribas Fortis

04/01/2016