Explorer sans cesse les limites

Une administration ne peut bien fonctionner que si elle parvient à gérer efficacement l’information. C’est la conviction de Frank Robben, administrateur général de la Banque carrefour de la sécurité sociale et de la plateforme eHealth.

Pourquoi une politique de données efficace revêt-elle une telle importance pour l’administration?

Frank Robben: « Que produisent les administrations ? Rien. Ceci dit, nous traitons d’énormes quantités d’informations dans chaque domaine de la société : de la santé à l’économie en passant par la justice, et tout ce qui se trouve au milieu. Une bonne gestion de l’information, c’est tout simplement le coeur d’activité de l’administration.

Plus elle est efficace, plus sa valeur ajoutée est grande pour les citoyens et les entreprises. Prenez la Banque carrefour de la sécurité sociale, qui permet un échange rapide des données centralisées entre environ 3.000 institutions. Auparavant, l’échange de ces données nécessitait environ 800 documents, alors qu’il s’effectue aujourd’hui avec 250 processus électroniques qui totalisent 1 milliard de messages par an. »

Quel impact cela a-t-il sur les citoyens et les entreprises ?

Frank Robben : « Auparavant, un moins-valide avait besoin de dix attestations délivrées par différentes institutions pour demander une intervention. À présent, toutes les informations sont envoyées sous format électronique, une simplification considérable pour le citoyen. Jadis, à chaque fois qu’un travailleur tombait malade, les entreprises devaient communiquer toutes les informations sur son salaire et son temps de travail à diverses institutions. Aujourd’hui, elles le font une fois par mois, de manière électronique. Non seulement la charge d’erreurs est retombée de 40% à moins de 2%, mais selon le Bureau du plan, cela représente aussi une économie d’un milliard d’euros pour les entreprises. »

L’administration affiche une grande expérience dans la mise sur pied de projets de traitement des données de grande ampleur. Quelle est la clé du succès ?

Frank Robben : « Pour commencer, il convient d’impliquer toutes les parties dans le projet et de fixer ensemble des priorités. C’est la seule manière de convaincre de la valeur d’un projet. En outre, une bonne architecture ICT est indispensable. Personnellement, je préfère une approche modulaire : il faut qu’un projet prenne forme par l’assemblage de ses éléments plutôt que par la programmation. Cette approche permet d’utiliser un composant à plusieurs reprises, ce qui réduit nettement les coûts de développement. Il est également crucial de réfléchir en termes de processus. La première tâche consiste à optimiser et simplifier les processus de base. Ce n’est qu’ensuite que la numérisation prend tout son sens. Et dans la mesure où chaque changement se heurte à des résistances, il faut explorer les limites en permanence afin de savoir jusqu’où il est possible d’aller. »

11/12/2014