En Europe aussi

Votre voisin paie son électricité beaucoup moins cher que vous. On assiste à une recrudescence subite des cambriolages dans un quartier. Une région connaît un nombre inquiétant de cas de cancers. Autant de phénomènes dans lesquels les Big Data ont un rôle à jouer. Car il s’agit de comparer des choses, d’en parler. D’analyser, d’apprendre, pour finalement en tirer profit.

Un chiffre également associé aux Big Data : 16,9 milliards de dollars. C’est la valeur attendue du marché mondial des technologies et services de Big Data en 2015. Un marché mondial, oui, mais dont les États-Unis détiennent 80%. Les Américains sont beaucoup plus avancés dans l’analyse des Big Data, les applications, le business. Ils collectent plus rapidement des données, ils mettent les informations à disposition avant nous, ils produisent les outils nécessaires. En Europe, vous pouvez prendre le train du nord de l’Allemagne au sud du Portugal. Notre infrastructure ferroviaire est beaucoup mieux développée qu’aux États-Unis.  Mais pour réserver vos tickets pour ce voyage, il vous faudra utiliser au moins trois systèmes. L’infrastructure est présente, mais regrouper tous les trains dans une seule même base de données, l’Europe n’y parvient pas. Il en va de même des télécommunications.

Quelque 80% de notre infrastructure téléphonique est d’origine européenne, mais nous téléphonons avec un iPhone américain ou un Samsung sud-coréen. Et l’Europe ne joue qu’un rôle marginal pour ce qui concerne Twitter, Facebook et les autres applications qui collectent les Big Data.  Naturellement, les Américains ont l’avantage de l’unilinguisme. Pour l’Europe polyglotte, les choses sont beaucoup plus compliquées. Mais quelle est la principale cause de ce retard ? L’investissement. L’écart d’investissements entre l’Europe et les États-Unis est énorme. Les États-Unis investissent massivement dans des logiciels, dans l’innovation. Et l’Europe ?

La Commission européenne cherche à présent à combler ce retard. Et souvent, c’est une simple question d’argent. C’est pourquoi l’UE a conclu un partenariat public- privé avec l’industrie européenne. Ils investiront 2,5 milliards de dollars dans les Big Data. Objectif de cet investissement ?  Veiller à ce que l’Europe joue un rôle sur ce marché qui enregistre une croissance de 40% par an. L’UE ne doit pas dépasser les États-Unis, mais tout simplement être présente. Car c’est la seule manière de créer de l’emploi. Des emplois qui ne dépendent pas des coûts de production, mais de la qualité des services. Des emplois dont l’Europe a si cruellement besoin. Aujourd’hui, les entreprises américaines en savent plus sur le comportement des consommateurs européens que leurs concurrentes européennes.

Si l’Europe ne doit pas inventer le prochain Twitter ou le prochain Facebook, elle doit avoir prise sur ces Big Data, dans les soins de santé, la sécurité sociale, l’énergie, la sécurité…  Il y a encore tant d’opportunités à saisir pour les entreprises. Pas uniquement pour les multinationales d’ailleurs, mais aussi pour les PME et les start-ups. Ce projet est entièrement européen. Car les Big Data sont internationales. D’ailleurs, il existe peu de différences entre les Pays-Bas et la Belgique, par exemple, en matière de Big Data. Et en cas d’échec ? Le plus grand risque est de ne rien faire. Les Américains et les Chinois dicteront notre conduite. Car ceux qui possèdent les informations ont le pouvoir, et peuvent diriger le monde.

Jan Sundelin,

initiateur du « Big Data Value Public Private Partnership », CEO de TIE Kinetix

20/12/2014
En Europe aussi