La boîte à fusibles de l’économie

Le secteur financier pourrait être comparé à un tableau électrique, un sas entre le réseau électrique d’une part et les applications électriques comme le réfrigérateur, le fer à repasser ou les machines à laver d’autre part. Le secteur financier est l’armoire de distribution qui redirige les ressources financières là où l’on en a besoin.

Tout comme dans une habitation, cette boîte à fusibles constitue un élément crucial, mais aussi très sensible, de l’ensemble du système. Si la demande d’électricité dépasse les capacités, les fusibles sautent. Inversement, un afflux soudain de courant entrant peut provoquer un court-circuit.

Ces trois paramètres ont joué un rôle dans l’éclatement de la crise financière : la boîte à fusibles (le secteur financier), le courant entrant (le net accroissement des sources de financement disponibles) et la demande de courant supplémentaire (la brutale augmentation de l’endettement). Le secteur financier est-il le seul responsable de la crise ? Non. Cela dit, malgré les facteurs externes, sa part de responsabilité est très lourde.

C’est pourquoi les règles ont été considérablement durcies ces dernières années. Elles doivent améliorer la résistance aux chocs de la boîte à fusibles financière. Un secteur bancaire faible, volatil ou instable ne pourrait en aucun cas contribuer à une croissance durable de la prospérité. Simultanément, on aurait tort de croire que l’ensemble du secteur est désormais immunisé contre la moindre turbulence.

Crises bancaires, crises financières, récessions, profondes turbulences économiques et bulles ont toujours existé, même sans crédits réemballés, sans surchauffe de l’économie chinoise et sans prêts subprime. De la même façon que chaque nouvelle armée est équipée pour mener la dernière guerre, la nouvelle réglementation sera parfaitement capable de parer à la dernière crise. Pour autant, elle ne peut en aucun cas nous épargner les crises futures. Tout comme les règles qui existaient auparavant n’ont pas permis d’éviter la précédente crise.

Ne voyez pas dans ces quelques paragraphes un plaidoyer en faveur du laisser-faire, moins encore de la dérégulation. Ils appellent avant tout à la prise de conscience : il faut se débarrasser des oeillères, et faire preuve de vigilance et de flexibilité.

C’est un plaidoyer en faveur d’une approche universelle des banques et du secteur financier, lequel ne doit pas être considéré comme un élément qui gravite autour de l’économie mondiale tel un satellite, mais comme un acteur en interaction profonde avec la vie quotidienne des entreprises, des citoyens et des pouvoirs publics.

Peter De Keyzer
Chief Economist – BNP Paribas Fortis 

03/04/2014